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Du 22 au 23 juin, l'université Anglia Ruskin à Cambridge accueillit la huitième Language Creation Conference organisée par la Language Creation Society.

C'était l'occasion de retrouver des idéolinguistes du monde entier et d'assister à de fort intéressantes présentations par des membres de la communauté. En attendant que celles-ci soient téléversées sur le site de la LCS, voici quelques moments de ces deux journées.

...continue reading "La huitième Language Creation Conference à Cambridge"

Deux sortes d'arguments peuvent être repris sur un verbe ɣu : le sujet, ou à proprement parler l'agent des verbes transitifs et l'expérienceur des verbes intransitifs ; et l'objet, ou plus exactement le patient ou bénéficiaire d'un verbe transitif.

Selon que la forme verbale est la tête de phrase (verbe à proprement parler) ou non (formes nomino-adverbiales ou converbes), le marquage sera différent.

Préfixes de sujet

Verbes conjugués

Cinq personnes peuvent être encodées sur le verbe en tant que sujet : trois qui peuvent être singulières ou plurielles, une qui n'a qu'un pluriel (la 1re inclusive, qui traduit "toi et moi" ou "vous et nous"), et une personne sans nombre, dite impersonnelle ("on").

singulierplurielindéfini
1re exclusivea(n)- ni(h)-
1re inclusive niki(h)-
2e ka(t)- ki(h)-
3e ta(t)- tu(v)-
4e o(v)-

Le verbe -han

Une seule racine apporte quelques modifications à ce schéma ailleurs régulier : le verbe "être". Le tableau qui suit montre la conjugaison complète au présent

singulierplurielindéfini
1re exclusivean níhan
1re exclusive níkihan
2e kan kíhan
3e tan túvan
4e óvan

Ici, la consonne initiale de la racine saute et les voyelles /a/ des préfixes singuliers et de la racine se confondent. De plus, dans les formes plurisyllabiques, c'est le préfixe qui est accentué.

Formes nominales

Les formes adverbo-nominales en po(h)- "quand, lorsque ; pendant que" et i(t)- "pour que ; parce que" ont la possibilité de reprendre un sujet sous la forme de préfixes. Ceux-ci sont identiques aux préfixes de possession nominale, et deux lectures sont parfois possible dans le cas des formes lexicalisées : aenivéote "pour que je vienne ; parce que je suis venu" ou "mon futur", nepokál "quand nous mangeons" ou "notre repas".

Le tableau qui suit présente les préfixes de possession. Ils n'existent pas pour la quatrième personne.

singulierpluriel
1re exclusiveae(n)- ne(h)-
1re inclusive nekavu(h)-
2e ka(t)- kavu(h)-
3e ta(t)- tavu(h)-

Infixes d'objet

Le marquage de l'objet, après les préfixes de sujet, est beaucoup moins précis : il y a une forme pour la première personne du singulier (-z-) , une pour la deuxième personne du singulier (aucune marque) et une pour les premières et la deuxième personnes du pluriel (-o(t)-). Il n'y a pas de formes pour les troisièmes ou la quatrième personnes, qui vont plutôt être représentées par des pronoms de reprise.

Le fait que l'objet de 2ᵉ singulier est sans affixe signifie que lorsqu'on veut employer un verbe transitif sans objet, il faut le faire suivre du pronom ki "quelque chose". Par exemple : akále "je te mange" opposé à akále kim "je mange".

Verbes conjugués

Les tableau suivant montre la réalisation des infixes avec deux verbes à la troisième personne du singulier, débutant par une consonne (tamoɣé "il voit") et par une voyelle (tatáke "il fait mal")

singulierplurielindéfini
1re exclusivetazmoɣé taomoɣé
1re inclusive taomoɣé
2e tamoɣé taomoɣé
3e tamoɣé eim tamoɣé im
4e tamoɣé kim
singulierplurielindéfini
1re exclusivetazáke taotáke
1re inclusive taotáke
2e tatáke taotáke
3e tatáke eim tatáke im
4e tamoɣé kim

Formes nominales

Les formes sont les mêmes, et se placent après le préfixe nominalisant. Pour exemple, les formes tavupozmóɣ "quand ils me verront" et iokál "pour nous/vous manger".

En décrivant une langue, on ne devrait jamais pouvoir dire simplement "X est la marque du pluriel". Il y aura toujours des subtilités morphologiques, syntaxiques et sémantiques qui attendront au tournant.

Nombre nominal

Pluriel

Comme en français, le pluriel appliqué à un nom signale plus d'un objet, avec cette précision qu'ils doivent être épars, sans rapport les uns aux autres. Amoɣó nótosum "j'ai vu des chevaux" sous-entend "j'ai vu des chevaux à des occasions différentes".

Après un mot explicitement pluriel, comme un numéral, le nom reste au singulier : véhke nótos "sept chevaux".

Collectif

Contrairement au pluriel, le collectif suppose que des éléments multiples forment un groupe. Ainsi, nótoson signifie "troupeau de chevaux", piɣíkon "banc de sardine", vétmevtil "rang de pommiers". C'est aussi le nombre employé pour signaler des paires naturelles, comme dans tíkle "paire d'yeux".

Partitif

Les noms de substances, pour qui un pluriel ou un collectif feraient peu sens, ont a la place une forme dite partitive, en -(k)in, traduisible par "un peu de" ou "une mesure de" : húhin "un peu d'eau, un volume d'eau".

C'est également le cas pour les noms de qualité en h(o)-, tel que hojép "largeur" ; le partitif se traduira par "une instance de, un exemple de" : hojépin "une certaine largeur, la largeur d'un certain objet".

Pluriel associatif

Les noms d'humains (sous-classe de celle des êtres animés), ont un pluriel associatif en -le (-e après l), qui peut se traduire par "X et ceux qui lui sont normalement associés". On sous-entend la famille ou un groupe de personnes proches : knáoviznoɣnikle "un‧e météorologiste et ses amis", tlózisokle "un‧e voleu‧r‧se et ses complices"

Il peut également s'employer avec les pronoms personnels : aepohanle "moi et les miens", kávupohanle "vous et les vôtres".

Les classes nominales

Les combinaisons des différentes terminaisons du singulier et du collectif sont réparties selon le sens des noms (entre parenthèses la consonne d'appui après les radicaux se terminant en voyelle).

Groupes sémantiquesPlurielCollectif
Animés mobiles (humains, animaux)-(v)u-(k)on
Animés immobiles (plantes, champignons, éponges)-ik
-ek (après voyelle)
-k (après i)
-il
-el (après voyelle)
-l (après i)
Parties du corps
-ik
-ek (après voyelle)
-k (après i)

-le
-e (après l)
Outils, capacités-(s)at-le
-e (après l)
Œuvres, créations de l'esprit
-(j)es-(k)on
Divers-(j)es-(s)at
-(h)at

Les deux terminaisons du collectif des noms "divers" résultent de la fusion de deux classes, -(h)at étant employé plus spécifiquement pour les contenants ; mais la distinction est de moins en moins faite.

On peut ici parler d'un système de genre grammatical, car les terminaisons de nombre des adjectifs épithètes s'accordent avec celles des noms qualifiés : nótosu tómu "des grands chevaux", jápes tómes "des grandes maisons".

Nombre verbal et pronominal

Les pronoms et les verbes n'opposent que le singulier et le pluriel. S'ils reprennent un partitif ou un collectif, l'accord se fera au singulier :

  • Taɣósi nótoson "un troupeau de chevaux court"
  • Tan nat hotómin jot "cette hauteur est trop [élevée]"

Un pluriel associatif déclenchera l'accord au pluriel :

  • Tunáemat aepápale "ma mère et ses amis boivent du thé"

L'ubaghuns tëhe est une langue à la phonologie minimale : six consonnes /p t k h tʰ kʰ/, six voyelles orales /a e i o u ɤ /, six voyelles nasales /ã ẽ ĩ õ ũ ɤ̃/. L'accent tonique touche toujours la dernière syllabe du mot et n'est donc pas distinctif. Cependant, il est un aspect de la prosodie qui permettrait d'opposer deux formes autrement identiques : les variations de hauteur au fil des syllabes, ou mélodie tonale.

Valeurs formelles des tons

Ce ne sont pas des hauteurs absolues correspondant à des notes de musique, mais des hauteurs relatives les unes aux autres, sur une échelle divisée en cinq :

  • Le ton non marqué dit "moyen" et abrégé M est celui duquel on part pour réaliser les deux autres ; il se situe sur le troisième barreau de l'échelle
  • Le ton haut abrégé H est d'un cran (au moins) plus haut que le ton moyen
  • Le ton bas abrégé L est d'un cran (au moins) plus bas que le ton moyen.

Ces hauteurs tonales ne se combinent pas librement dans un mot ; il y a exactement trois possibilités, réalisées sur les deux ou trois dernières syllabes. Toutes les syllabes qui se retrouvent en-dehors de la mélodie sont M par défaut.

  • Le schéma neutre consiste en un ton haut sur la dernière syllabe et un ton bas sur l'avant-dernière. Exemples : dëhed /tɤ̀hét/ "pointe de flèche" ; enhade /ẽhàté/ "plume" ; kadob /kʰàtóp/ "coude".
  • Le schéma -s consiste en un ton haut sur la dernière syllabe. Il est noté dans la transcription par un -s. Exemples :
  • Le schéma -z consiste en deux tons hauts sur les deux dernières syllabes, précédés d'un ton bas. Il est noté dans la transcription par un -z final. Exemples : ubaghunz /ùpákhṹ/ "langue" ; ihedditoz /ihèttítʰó/ "chemin parcouru en rampant".

Formes sans schéma inhérent

Les mots grammaticaux qui s'attachent au mot suivant (proclitiques) n'ont pas de mélodie indépendante et se réalisent donc au ton moyen, sauf si le schéma -z déborde à gauche.

Syllabe d'appui au schéma -z

Le schéma -z nécessite trois syllabes, or il est des cas où il doit se réaliser sur un mot dissyllabique : heton "village" plus le suffixe démonstratif -ez, avec la règle qui veut que la première des voyelles en contact s'élide (et lègue sa nasalité à la suivante), devrait donner *hetenz /hétʰẽ́/ mais aucune syllabe n'est là pour porter le ton bas. On répare en préfixant a(g)- : ahetenz /àhétʰẽ́/ "ce village". Elle est inutile en présence d'un proclitique : kinkin-hetenz /kʰĩkʰĩ̀hétʰẽ́/ "Surprenant, ce village..."

Valeur sémantique des tons

Le schéma neutre est le schéma par défaut. Les autres apparaissent durant les opérations grammaticales et la dérivation lexicale .

Le schéma -s

Un ensemble de deux mots (ou plus) où le deuxième terme est dans une relation de complémentation avec le premier se comporte comme une unité syntaxique où les participants ne sont plus indépendants, signalée acoustiquement par la suppression de tous les tons marqués du schéma du premier terme, sauf le H de la dernière syllabe.

Structures nominales

Pour les noms, c'est le cas des structures possessives. Exemple : les noms indépendants kadadin (MLH) "tête" et giangig (MLH) "écureuil" donneront kadadins giangig (MMH MLH) "la tête de l'écureuil" ; uabboduz (MLHH) "mélodie" et toto (LH) "pluie" feront uabbodus toto (MMMH LH) "le fredonnement de la pluie". Avec le schéma neutre, deux noms côte-à-côte seraient dans une simple relation d'apposition : tebid eged "peau qui est jeune, peau jeune" ≠ tebids eged "peau du‧de la jeune".

Un schéma -s est également assigné aux classificateurs, ces mots qui se placent entre un nombre et le nom compté et donnent des indications sur la forme de ce dernier : bin-bagdes iben "deux enfants", de-kuobs igedtonz "une oreille coupée". Lorsque les classificateurs sont employés seuls, ils ont le schéma neutre : bin-bagde "deux êtres debout", de-kuob "une chose flasque".

Verbes

La plupart des verbes -- sauf les verbes intransitifs -- forment une unité syntaxique avec leur objet (qui est obligatoire), et présentent donc le schéma -s par défaut.

  • Verbes transitifs : atabos "vouloir, désirer", dinkos "consommer", kiëkios "sécher"
  • Verbes de mouvement : dangdanges "sautiller vers", bikes "voir (diriger son regard vers) ", babiges "quitter, sortir de"
  • Verbes locatifs : kiidins "être attaché à", tabis "être assis sur", hidekis "être comme"

Le schéma -z

Le schéma -z est associé à la présence de suffixes sur un nom.

Suffixes dérivationnels

La conversion des verbes en noms se fait exclusivement à l'aide de suffixes ou de circonfixes (préfixe + suffixe). Exemples : baghin "parler" > ubaghunz "langue", gëtandos "pleurer pour la mort de" > higëtandhez "défunt‧e récent‧e", aghis "être temporairement à" > uaghadz "abri".

Suffixes flexionnels

Les suffixes d'information grammaticale sur le nom sont le singulatif -kiz ("un‧e seul‧e"), le démonstratif -ez, le suffixe d'aliénation -tonz (pour les parties du corps qui n'y sont plus attachées) et les suffixes possessifs pronominaux (comme -tugz "ton, ta, tes ; votre, vos").

Il peuvent se cumuler, par exemple : ongtatigtënkez (MMLHH) "celui-ci de tes doigts coupés en particulier", qui se décompose en ongta-tugz-tonz-kiz-ez moyennant quelques adaptations phonétiques qui feront l'objet d'un futur billet.

Dans les coulisses

Pendant longtemps, ma conception du ton était celle d'un système à la chinoise (et des langues du sud-est asiatique en général), où chaque syllabe supportait un contour tonal qui pouvait être montant, descendant, haut, bas, moyen, etc. J'avais entendu parler des système dits "à accent de hauteur" (suédois et japonais), où le mot recevait une mélodie relative à l'accent tonique, mais sans vraiment le comprendre ou l'employer dans mes créations.

Puis il y a un an, un article est paru sur Fiat Lingua : "Tones for Conlangers: A Basic Introduction" par Aidan Aannestad, expliquant de façon claire et avec force exemples comment concevoir le fonctionnement du ton, en tant que phénomène prosodique indépendant de la forme phonétique d'un mot, comment il interagit avec d'autres segments, et comment il peut évoluer historiquement dans une langue.

J'ai été tellement marqué que depuis, la moitié de mes idées concerne des idéolangues à tons, et j'ai même refondu la plus ancienne dans un moule tonal pour lui redonner un nouveau souffle. Je pense, comme Aidan Aannestad, qu'il n'y a pas assez de langues construites de ce type. Avis aux amateurs !

Bienvenue sur mon blog ! (prononciation [API] : /ˈvale aɪ̯ˈtihtoʊ̯ɣaʝasikoka/)

Dans la langue ɣu, le titre de ce billet se décompose ainsi :

  • vále est une forme verbale (le conjonctif présent) du verbe "sentir", et tout ce qui reste d'une expression plus longue Aoɣáoci poe vále tóve "je vous accepte et vous sens[trouve] agréable"
  • aetíhtouɣajasikoka est formé de :
    • ae-, préfixe possessif de 1re personne singulier
      • tíhtol mot signifiant « page »
      • ɣájasi l'adjectif "électrique"
    • -(k)on suffixe de nombre collectif (un ensemble de)
    • -ka suffixe de cas locatif (dans, sur, à).

Littéralement, j'accepte [votre venue] sur mon journal électrique !

J'espère que voilà un bon aperçu de la manière qu'a le ɣu de construire ses mots et ses phrases.

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