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Voi­ci une exemple de gree­dien ancien en contexte. Il s’a­git d’une lettre écrite par un chef de clan au noble local, en appe­lant à son inter­ven­tion sur une ques­tion de droits de pêche.

Le style peut paraître direct et fami­lier, mais les Gree­diens ne pensent pas qu’u­ser de cir­con­vo­lu­tions pour for­mu­ler des requêtes indi­rectes soit une marque de poli­tesse, même envers des supé­rieurs. Le plan de la lettre est le suivant :

  • 1 : pro­ve­nance et destination
  • 2 : com­pli­ment en lien avec la requête
  • 3 – 6 : pré­sen­ta­tion du problème
  • 7 – 8 : résu­mé des rela­tions entre les par­ties concernées
  • 9 : requête
  • 10 : offre de compensation

L’original

Ten­né sóga Iliós taphé lï thí­lim emïl –Obí’sîm sóga Irlóom nä sungkát na,

Téduǐl sak thómba,

Tek lï Ten­né sógapód — Lékon­do nä Nóge­kis gorúb lï yûpód raa. Géno
phiyép lï Lékon­do yem nä tue­pé Ortúzdǎl Tírasia’biníg sóga dool es dua bóo
wo lï gém duab opat yû. Tírasia’biníg óbab –Lis­puo lï dua lï yé thua­lit, es
gém yubit nä bú sóga ku phiyép yûpód deer phiyép Lékon­do. Dua yubit nä
bú dua yûpód yaas deer ní Lékon­do. Bed óbab Úkhang sopa kuis — Lis­puo.
Dua yaas tígịt raa — Úkhang. Lis­puo nä téthar yûpód gorúbbǒd thóm­ba ló gém
nä yaa zeé­duilít diu. Sák nä dua lï yé ir pot­thór­mo diû.

…conti­nue rea­ding « Lettre d’I­liós (tra­duc­tion) »

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Au 26ᵉ jour de Lexembre 2019, concer­nant le gree­dien ancien, nous avions vu le mot sóga « clan, famille », un élé­ment extrê­me­ment impor­tant de la vie gree­dienne. Aujourd’­hui, nous allons exa­mi­ner plus en détail com­ment par­ler des per­sonnes qui le composent.

Avant toutes choses, quelques expli­ca­tions préa­lables sur la socié­té gree­dienne à l’é­poque où l’on par­lait cette langue au quo­ti­dien, voi­ci plus de deux mille ans. Depuis, bien des choses ont pu changer.

La société

Les Gree­diens vivent dans une socié­té hié­rar­chi­sée. À son som­met se trouve le roi – ou la reine – (thí­lim), qui tire sa légi­ti­mi­té de la déesse-mère Alé­raze (Alueráz). Le sou­ve­rain crée et contrôle divers nobles régio­naux (emïl) qui gou­vernent leurs ter­ri­toires en accord avec la poli­tique de la Tour (Tál). Ceux-ci à leur tour doivent com­po­ser avec les clans patriar­chaux qui pos­sèdent la terre (et les droits de pêche dans un contexte littoral).

Un clan est diri­gé par un homme dans la force de l’âge qui est le des­cen­dant en ligne pater­nelle directe d’un pré­cé­dent chef de clan (qui n’est pas for­cé­ment son pré­dé­ces­seur direct : un neveu peut suc­cé­der à son oncle, en tant que petit-fils du père de ce der­nier). Une femme peut diri­ger un clan dans cer­taines cir­cons­tances mais ses enfants ne seront pas consi­dé­rés comme des­cen­dants directs et seront donc exclus de la suc­ces­sion. En effet, les femmes quittent leur clan d’o­ri­gine lors­qu’elles se marient ; durant leur veu­vage, ou après un divorce, elles peuvent choi­sir de reve­nir dans leur famille, mais leurs enfants appar­tien­dront tou­jours au clan de leur père.

La lignée pater­nelle est de fait la plus impor­tante, et c’est pour cela que plus de dis­tinc­tions sont faites lexi­ca­le­ment entre ses membres, com­pa­ré à la lignée maternelle.

Noms de parenté consanguine

Voi­ci un dia­gramme des rela­tions fami­liales consan­guines idéales pour un homme marié (Ego) :

Diagramme des relations de parenté consanguine en greedien ancien.
Dia­gramme de paren­té consanguine

L’é­pouse, soo­ni (sens pre­mier « femme »), appel­le­ra son mari gazeem (sens pre­mier « homme »).

Notons que dans ce dia­gramme pré­cis, le grand-père est tou­jours vivant et il est le chef du clan. Si le père, un oncle, un cou­sin ou un frère est chef de clan, on le nom­me­ra éga­le­ment óbab. De même, si la situa­tion est telle que la mère, une cou­sine ou une sœur est cheffe de clan, elle sera ónan.

Les membres fémi­nins du clan qui ne sont pas mariées, de la même géné­ra­tion ou celle qui suit, en ligne indi­rect, sont nuon. Une fois sor­ties du clan, elles deviennent diom et on appel­le­ra leurs époux dárak. Pareille­ment, la (grande-)tante céli­ba­taire est ónuon, comme la femme de l’oncle, mais une fois mariée elle sor­ti­ra des rela­tions de parenté.

Termes d’adresse

Quelques-uns de ces noms ont une forme spé­ciale lorsque le locu­teur ou la locu­trice parle à leurs réfé­rents. Il s’a­git – à une excep­tion près – de suf­fixer au mot la der­nière voyelle de la racine au ton haut, en éli­mi­nant les autres tons haut déjà pré­sents. Cela concerne :

  • bab > babá « père, papa »
    • óbab > obabá « grand-père (pater­nel), grand-papa » ou « chef du clan »
  • nan > naná « mère, maman »
    • ónan > onaná « grand-mère (pater­nelle), grand-maman » ou « cheffe du clan »
  • kuis > kuisí « frère, cou­sin » ou « neveu »
  • nuon > nuonó « sœur, cousine »
    • ónuon > onuonó « tante (pater­nelle céli­ba­taire), tata, tatie) » ou « tante (femme de l’oncle pater­nel), tata, tatie »
  • uluz > babá « oncle (pater­nel), tonton »

Cer­tains de ces termes d’a­dresse sont aus­si employés à l’en­contre de membres du clan situés en-dehors du tableau ci-des­sus (petits-cou­sins, etc.). Il s’a­git de babá and onuonó, res­pec­ti­ve­ment pour un homme plus âgé et une femme plus âgée. Ceux de la même géné­ra­tion sont inter­pe­lés avec kuisí and nuonó. Les géné­ra­tions pos­té­rieures sont sim­ple­ment appe­lées dee­mo « enfant ».

Parents décédés

Il y a encore quatre termes de paren­té spé­ci­fiques pour par­ler de membres décé­dés du clan, ne dis­tin­guant que le sexe et la géné­ra­tion par rap­port à celle du locu­teur ou de la locutrice :

  • baba­sia « membre mas­cu­lin d’une des géné­ra­tions anté­rieures, décédé »
  • nana­sia « membre fémi­nin d’une des géné­ra­tions anté­rieures, décédé »
  • kui­si­sia « membre mas­cu­lin de la même géné­ra­tion, décédé »
  • nuo­no­sia « membre fémi­nin de la même géné­ra­tion, décédé »

Il n’y a pas de termes spé­ci­fiques pour par­ler de la géné­ra­tion sui­vante : enfants, petits-enfants, neveux, etc. qui sont morts avant le locuteur.

Noms dans la belle-famille

Famille du mari

Pour une femme qui vient de ren­trer dans un nou­veau clan par un mariage, les termes sont les mêmes que ceux pour sa famille d’o­ri­gine. Elle appel­le­ra son beau-père babá, sa belle-sœur nuonó, le cou­sin de son mari kuisí, etc.

En ce qui concerne son ancien clan, elle uti­li­se­ra les mêmes termes d’a­dresse s’ils existent (babá, naná, etc.), mais pour par­ler de ses membres à la troi­sième per­sonne elle devra employer les noms avec l’ad­jec­tif masia « pas­sé, loin­tain » : masia bab « mon père », masia ónan « ma grand-mère », etc.

Famille de l’épouse

Un homme qui a pris épouse emploie­ra les mêmes termes pour par­ler de sa belle-famille que pour par­ler de la famille de sa mère, avec un déca­lage géné­ra­tion­nel vers le bas : le beau-père est pozeläng comme le grand-père mater­nel, la belle-sœur nas­nan comme la tante, etc . De plus, il n’y a pas de mots spé­ci­fiques pour dési­gner la géné­ra­tion des enfants (on par­le­ra de nang­kuis kor « fils du beau-frère » par exemple).

Diagramme de parenté avec la belle-famille en greedien ancien.
Dia­gramme des rela­tions avec la belle famille

Ce sera la même ter­mi­no­lo­gie pour la belle-famille de ses frères et de ses cou­sins mâles du côté paternel.

Famille du beau-frère/beau-fils

Il n’existe qu’un seul terme pour tous les membres de la famille du mari de sa sœur (ou fille, ou cou­sine, etc.) avec laquelle on n’en­tre­tient ni de rela­tion de sang, ni de rela­tion d’al­liance. Il s’a­git de thórrï « allié », qui éty­mo­lo­gi­que­ment signi­fie « bâton de marche ».

Étymologies

Cer­tains des mots vus ici sont décom­po­sables morphologiquement :

  • dárakïl : de dárak « beau-frère, beau-fils » avec le suf­fixe -ïl (dimi­nu­tif, descendant)
  • nagnan : de nan « mère » avec la rédu­pli­ca­tion CVg- (aug­men­ta­tif)
  • nang­kuis : com­po­sé de nan « mère » et kuis « frère, cou­sin », avec assi­mi­la­tion de la der­nière consonne du pre­mier mot
  • nas­nan : de nan « mère » avec la rédu­pli­ca­tion CVs- (dimi­nu­tif)
  • pozeläng : de poze « vieux » avec le suf­fixe -läng (nomi­na­li­sa­teur)
  • údomläng : de budôm « ventre ; uté­rus » avec le suf­fixe -läng (objet ou per­sonne associée)
  • ugu­luz : de uluz « oncle pater­nel » avec la rédu­pli­ca­tion CVg- (aug­men­ta­tif)

Bibliographie

Pel­lard, Tho­mas, « Dia­gramme de paren­té avec LaTeX » [en ligne], 2016, URL : https://cipanglo.hypotheses.org/309, consul­té le 14 sep­tembre 2021.
Bel­le­zit, Jacques, La cein­ture Hatik­va, Saint-Denis, Édi­livre, 2011.

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Il y a un peu plus d’un an, j’ai gagné mon pre­mier client au tra­vers du LCS Jobs Board –un ser­vice de la Lan­guage Crea­tion Socie­ty pour mettre en contact les créa­teurs de langues et qui­conque recherche leurs services.

Sans dévoi­ler la nature du pro­jet et les élé­ments de l’u­ni­vers où il prend place, je peux pré­sen­ter la langue et son alpha­bet au tra­vers d’un texte d’exemple de mon inven­tion, pour don­ner une idée concrète de ce qu’im­plique insé­rer une langue dans un pro­jet artistique.

Text

Trý sáþi fill sáþí rilppí­sog zor­ka grí besk bý ? Þærd urt arþ ritt, karþs­va træ dod frú­zeþ gvaks­jækk. Ged galþ óbauk !

Texte hlas­turs en kalgl

Écou­tez !

« Est-ce que l’ours noir et l’ours blanc sont par­tis vers les mon­tagnes de l’ouest ? Je veux leur par­ler, car ils ont man­gé beau­coup trop de mes vaches. Elles vont beau­coup moins bien maintenant ! »

Analysis

Trý est la forme longue de tur « noir ». Gram­ma­ti­ca­le­ment, c’est un verbe et la forme longue est tou­jours employée dans les pro­po­si­tions rela­tives, comme ici : « l’ours (qui est) noir ».

Sáþi est le mot pour « ours ». Il n’y a pas d’ar­ticles défi­nis ou indéfinis.

Fill est la forme longue de fill « blanc ». Pour­quoi sont-elles iden­tiques ? Le pas­sage à la forme longue, en gros, implique des modi­fi­ca­tions voca­liques qui sont blo­quées ici par la double consonne finale.

Sáþí est le mot « ours » avec une conjonc­tion suf­fixée -i « et » qui modi­fie une voyelle finale. Dans l’or­tho­graphe, ce suf­fixe a une forme dis­tincte, comme si l’on écri­vait <saþi&>.

Rilppí­sog est employé comme un adjec­tif « occi­den­tal », mais est en réa­li­té le géni­tif du nom rilppís « ouest », lit­té­ra­le­ment : « de l’ouest ».

Zor­ka est le plu­riel de zor « mon­tagne ». Il y a dif­fé­rents suf­fixes de plu­riel selon la classe séman­tique du nom ; ici c’est le -ka géné­rique des noms inani­més, mais en y réflé­chis­sant le -lib des inani­més ren­con­trés habi­tuel­le­ment en grande quan­ti­té eût été bien plus adap­té ; hélas, j’ai déjà envoyé le dic­tion­naire au com­man­di­taire, plus de modi­fi­ca­tions possibles.

Grí est une post­po­si­tion signi­fiant « vers ». Une post­po­si­tion rem­plit le même rôle qu’une pré­po­si­tion, mais der­rière le nom plu­tôt que devant, comme son nom l’indique.

Besk est la forme syn­thé­tique de pas­sé de bes « aller ». Nor­ma­le­ment le pas­sé est une forme ana­ly­tique, obte­nue à l’aide d’un auxi­liaire, mais quelques verbes très cou­rants ont gar­dé une forme simple, en poé­sie ou dans le lan­gage archaïque.

signi­fie nor­ma­le­ment « quoi ? », employé en fin de phrase il trans­forme ce qui pré­cède en question.

Þærd est le pro­nom sujet « je ». Dif­fi­cile d’en dire plus sans écrire un billet entier sur les pro­noms per­son­nels, leurs formes et leurs emplois…

Urt est la forme courte du verbe « par­ler » ; sa forme longue est rýt. Le choix de la forme courte est condi­tion­né par l’u­sage en tant que com­plé­ment du verbe qui va suivre.

Arþ est la forme objet du pro­nom de troi­sième per­sonne plu­riel karþ. Seuls les pro­noms sin­gu­liers de troi­sième et qua­trième (j’y viens) per­sonne ont une forme oblique (« lui ») dédiée, ici la même forme sert pour « les » et « leur ».

Ritt est la forme courte du verbe « vou­loir ». Vous remar­que­rez ici la posi­tion du pro­nom objet, entre « vou­loir » et « par­ler », comme en fran­çais ; il aurait été pos­sible de pla­cer le pro­nom après ritt, déclen­chant une inter­pré­ta­tion de ce der­nier comme auxi­liaire du futur. S’il n’y avait pas de pro­nom objet, la phrase pour­rait signi­fier aus­si bien « je veux par­ler » que « je parlerai ».

Karþs­va, le pro­nom karþ vu plus haut suf­fixé avec une conjonc­tion -sva « parce que, car ». Lorsque ce sont deux phrases qui sont conjointes, plu­tôt que deux noms, les conjonc­tions suf­fixées se placent sur le pre­mier mot de la phrase (plus exac­te­ment au der­nier mot du pre­mier syn­tagme, qui peut être un nom seul, ou pré­cé­dé d’un adjec­tif, géni­tif, etc.)

Træ est le déter­mi­nant « plu­sieurs, de nombreux ».

Dod se tra­duit par le déter­mi­nant « mon, ma, mes », et se décom­pose en un élé­ment do (sans réelle tra­duc­tion) et la forme suf­fixale du pro­nom de pre­mière per­sonne sin­gu­lier -d. Dans l’é­cri­ture, ce mot est écrit avec un seul glyphe spécialisé.

Frú­zeþ est le plu­riel de frúz « vache ». Le suf­fixe -(e)þ est réser­vé aux êtres animés.

Gvaks­jækk se décom­pose en gvag-, un pré­verbe avec le sens d’« exa­gé­rer », et sjækk, encore un pas­sé irré­gu­lier, cette fois-ci pour le verbe sepp « man­ger ». La modi­fi­ca­tion de la base s’ex­plique par un état anté­rieur de la langue où la forme était *sep­ki, chan­geant ensuite régu­liè­re­ment en : *sek­ki > *sekk > sjækk.

Ged est un adverbe de temps « main­te­nant ». Il serait nor­ma­le­ment pla­cé dans la phrase à la suite du sujet (pro­nom ou nom), mais la posi­tion ini­tiale en fait le thème de la phrase, l’élé­ment pivot qui contraste avec la situa­tion précédente.

Galþ est le pro­nom sujet de qua­trième per­sonne plu­riel… qu’est-ce qu’une qua­trième per­sonne ? Lors­qu’une troi­sième per­sonne est déjà pré­sente dans le dis­cours, comme ici karþ dési­gnant les deux ours, la qua­trième per­sonne per­met d’in­tro­duire un nou­veau réfé­rent ; ici galþ reprend frú­zeþ « les vaches », qui était l’ob­jet du verbe précédent.

Óbauk est un verbe/adjectif bauk « bon, se sen­tir bien » pré­fixé de la néga­tion ó-. Le verbe est à la forme courte, qui ne peut être employée seule que dans les impé­ra­tifs, les condi­tion­nelles et, comme ici, les sta­tifs ; un verbe dyna­mique comme sepp « man­ger » aurait dû être à la forme longue (síp) pour avoir un sens de présent.

Aesthetic goals

On m’a­vait deman­dé de tirer des ins­pi­ra­tions esthé­tiques du vieux-nor­rois et des langues slaves. Le résul­tat, à mon avis, est plus proche du pre­mier que du deuxième, en tout cas pour le son ; une autre par­ti­cu­la­ri­té qui m’a été sug­gé­rée est l’ab­sence de consonnes nasales (m n) due, dans la dié­gèse, à la volon­té de se dis­tin­guer d’un autre peuple, mépri­sé, qui lui les emploie à foi­son dans sa langue (nom­mée de façon fort appro­priée mym­lurs).

Le sys­tème d’é­cri­ture du hlas­turs, dit kal­gl, est un alpha­bet, écrit de haut en bas puis de droite à gauche. Quelques dis­tinc­tions ne sont pas faites, comme l’op­po­si­tion entre voyelles longues (á é í ó ú ý) et brèves (a e i o u y), et quelques mots ou mor­phèmes gram­ma­ti­caux ont une repré­sen­ta­tion logo­gra­phique, comme -i and dod.

Conclusion

Mes seules obli­ga­tions tou­chaient à l’as­pect pho­né­tique et ortho­gra­phique de la langue. J’é­tais tota­le­ment libre pour la gram­maire. J’au­rais pu conju­guer tous les verbes régu­liè­re­ment (un suf­fixe de pas­sé, un suf­fixe de futur), faire varier les pro­noms en genre au lieu de l’obvia­tion, uti­li­ser un ordre sujet-verbe-objet, avoir un seul suf­fixe de plu­riel… la plu­part des lecteurs/spectateurs auraient-ils remar­qué une dif­fé­rence ? Pro­ba­ble­ment que non ; seuls les pas­sion­nés de langues y auraient trou­vé à redire. Mais c’est jus­te­ment parce que j’en suis un que j’ai tenu à don­ner une pro­fon­deur à cette idéo­langue : à choi­sir entre le dovah­zul du jeu vidéo Sky­rim, qui ne dif­fère que super­fi­ciel­le­ment de l’an­glais (bases ver­bales uti­li­sables comme noms, suf­fixe de géni­tif, infi­ni­tif du verbe for­mé avec une pré­po­si­tion), et le tso­lyá­ni du jeu de rôle Empire of the Petale Throne qui dis­tingue six formes du pro­nom « je » selon le rang social, des pré­fixes d’at­ti­tude per­son­nelle sur les noms et ne fait pas de dis­tinc­tion entre nombres car­di­naux (« deux ») et ordi­naux (« deuxième »)… je par­le­rais bien plus volon­tiers de ce der­nier à des néo­phytes, quand bien même il est plus pro­bable qu’ils aient enten­du par­ler du premier.

talak- /ˈtalak/ v.int « res­sem­bler à X, agir comme X »

Ce pré­fixe crée des verbes intran­si­tifs à par­tir de noms d’hu­mains et d’a­ni­maux, plus rare­ment d’ob­jets natu­rels. Il est par­ti­cu­liè­re­ment pro­duc­tif pour dési­gner des défauts.

Le -l final du pré­fixe sup­prime les consonnes ini­tiales de la racine ; si l’une d’entre elle est une vélaire (k g ṅ), le pré­fixe a la forme tał-. Seule la consonne v n’est pas concer­née et peut appa­raître après le -l et le .

Mots dérivés

  • talas­sa- /taˈlasːa/ v.int (*assa, vieille racine pour « abeille »)
    bour­don­ner
    • talas­sous /taˈlasːuːs/ n.I (-ous)
      bour­don­ne­ment
  • tał­valē- /ˈtaʟʋalɛː/ v.int (kvalē « étour­neau »)
    aller et venir, être inconstant
    • tał­valēus /ˈtaʟʋaleːu̯s/ n.I (-ous)
      incons­tance

takil- /ˈtakil/ v : « exXer, Xer hors de, déXer »

Sur un verbe de mou­ve­ment, ce suf­fixe ajoute l’i­dée de « sor­tir de », « quit­ter », un mou­ve­ment qui s’é­loigne du locu­teur ou du point de référence.

Comme je n’ai tou­jours pas de racines de verbes de mou­ve­ment, pas­sons tout de suite au sens qu’il donne aux autres verbes : ces­ser de faire une action en cours de route, défaire le résul­tat de l’ac­tion. La dif­fé­rence avec le suf­fixe -bis, qui peut éga­le­ment signa­ler une action non menée à son terme, est que l’ar­rêt du pro­ces­sus est volon­taire dans le cas de -il.

Mots dérivés

  • dīl- /ˈdiːl/ v.tr (dī- « tenir »)
    lâcher subi­te­ment ; aban­don­ner (quel­qu’un)
    • dīlek­nos /ˈdiːlɛknos/ n.I (-eknos)
      chute
    • dīlous /ˈdiːluːs/ n.I (-ous)
      aban­don
  • fełil- /ˈfɛʟil/ v.tr (feł- « vou­loir »)
    reje­ter, refuser
    • fełi­lek­nos /ˈfɛʟilɛknos/ n.I (-eknos)
      refus, rejet
    • fełi­li /ˈfɛʟili/ n.E (-li)
      capri­cieux, capricieuse
  • keippā­sil- /ˈkeːpːaːsil/ v.tr (keippās- « faire remar­quer »)
    cacher à, dis­si­mu­ler à
    • keipppā­si­lai /ˈkeːpːaːsilai̯/ n.E (-ai)
      conspi­ra­teur, conspiratrice
    • keippā­si­laks /ˈkeːpːaːsilaks/ n.E (-ks)
      per­sonne trompée
    • keippā­si­lek­nos /ˈkeːpːaːsilɛknos/ n.I (-eknos)
      secret ; men­songe (par omission)
  • kēp­til- /ˈkɛːptil/ v.tr (kēpt- « tuer »)
    gra­cier, épargner
  • koi­dil- /ˈkoi̯dil/ v.tr (koid- « don­ner »)
    reprendre ; voler
    • koi­di­lai /ˈkoi̯dilai̯/ n.E (-ai)
      voleur, voleuse
    • koi­di­li /ˈkoi̯dili/ n.A (-li)
      sou­ris
    • koi­di­lous /ˈkoi̯diluːs/ n.I (-ous)
      vol
      • tme­koi­di­lous /tmɛˈkoi̯diluːs/ n.I (tme-)
        gre­nier mal construit, qui laisse l’ac­cès à la vermine
  • sāmil- /ˈsaːmil/ v.int (sām « mou­rir »)
    res­sus­ci­ter, com­battre la mala­die avec succès
    • sāmi­lek­nos /ˈsaːmilɛknos/ n.I (-eknos)
      gué­ri­son
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