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Du 22 au 23 juin, l’u­ni­ver­si­té Anglia Rus­kin à Cam­bridge accueillit la hui­tième Lan­guage Crea­tion Confe­rence orga­ni­sée par la Lan­guage Crea­tion Socie­ty.

C’é­tait l’oc­ca­sion de retrou­ver des idéo­lin­guistes du monde entier et d’as­sis­ter à de fort inté­res­santes pré­sen­ta­tions par des membres de la com­mu­nau­té. En atten­dant que celles-ci soient télé­ver­sées sur le site de la LCS, voi­ci quelques moments de ces deux jour­nées.

Panel : Conlangs in Popular Fiction

Une heure de dis­cus­sion sur les idéo­langues dans la fic­tion contem­po­raine. Les inter­ve­nantes avec un titre devant leur nom en par­laient sur­tout du point de vue aca­dé­mique (dans le cadre de la lit­té­ra­ture et de la lin­guis­tique), les deux autres appor­tèrent leur pers­pec­tive de créa­teurs (Mar­ga­ret chante dans ses idéo­langues sur des musiques de son mari, et Jack­son écrit de la lit­té­ra­ture ori­gi­nale en klin­gon). De nom­breuses ques­tions furent posées par le public.

Si j’a­vais prê­té un peu plus atten­tion au pro­gramme, j’au­rais pen­sé à appor­ter mon exem­plaire de la nou­velle édi­tion de A Secret Vice pour le faire dédi­ca­cer par le Dʳ Fimi.

LCC8 panel
Conlangs in Popu­lar Fic­tion (de gauche à droite : Dʳ Tif­fa­ni Angus, Mar­ga­ret Rans­dell – Green, Jack­son Brad­ley, Dʳ Dimi­tra Fimi, Pʳ Sarah Annes Brown, Dʳ Bet­ti­na Bein­hoff)

Les posters

Same­di après-midi, nous com­men­çâmes en dou­ceur avec un ensemble de pré­sen­ta­tions inter­ac­tives dans le hall d’en­trée.

Le kjellf­jöðis, hybride fin­no-nor­rois par Yoshi Smart.
Le plan du métro de Vienne dans le temnšech de Tobias Lin­dor­fer.
L’in­ven­tion d’ins­tru­ments et de tra­di­tions musi­cales : quand créer une langue pour tra­duire des paroles ne suf­fit pas.
L’ex­pé­rience de Nadež­da Kolo­gree­va : qui peut com­prendre un hybride polo­no-litua­nien ?

Théories linguistiques et idéocréation

La pré­sen­ta­tion de Joseph Wind­sor, l’ac­tuel pré­sident de la LCS, consis­ta à nous pré­sen­ter deux théo­ries récentes employées par cer­tains lin­guistes : la Hié­rar­chie Contras­tive en pho­no­lo­gie (Dre­sher 2009) et l’Hy­po­thèse de la Colonne Uni­ver­selle (Wilt­sch­ko 2014) en mor­pho­syn­taxe. Je suis encore en train de me docu­men­ter à leur sujet, mais elles sont pleines de poten­tiel pour la créa­tion de langues « inédites mais théo­ri­que­ment pos­sibles », voi­ci d’ailleurs un inven­taire pho­no­lo­gique géné­ré col­la­bo­ra­ti­ve­ment à par­tir de la pre­mière théo­rie :

Phonologie de l’examplish

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Expli­ca­tion : quatre traits pho­né­tiques furent choi­sis comme étant per­ti­nent pour dis­tin­guer les consonnes ([Con]) de la langue (sonante, aspi­rée, laté­rale, fri­ca­tive), puis furent ordon­nés de manière à déci­der des dis­tinc­tions les plus impor­tantes (plus c’est haut, plus nom­breuses seront les consonnes à dis­po­ser de ce trait). À chaque nœud de l’arbre, nous votions quand à la pré­sence ou non d’une dis­tinc­tion. Et nous eûmes même le temps de créer un mot : /ɡɬʰnɤ/, qui signi­fie, bien enten­du, « cra­cher sur ».

Notez que le pho­nème /ɬʰ/ appa­raît deux fois dans l’arbre, ce qui est tout à fait plau­sible. Le résul­tat ne risque pas d’être décou­vert de sitôt dans une langue natu­relle, mais au moins il est théo­ri­que­ment pos­sible !

Relais

Un relais idéo­lin­guis­tique est une sorte de télé­phone arabe, dans lequel un‧e premier‧e participant‧e envoie un texte dans son idéo­langue accom­pa­gné d’une gram­maire et d’un lexique suf­fi­sants pour tra­duire le tout, un‧e deuxième retra­duit dans son idéo­langue et recom­mence le pro­ces­sus vers un‧e troi­sième, etc., jus­qu’à ce que le texte ain­si trans­for­mé revienne au pre­mier maillon de la chaîne, on retra­duit en anglais/français et à la toute fin on se bidonne devant le résul­tat.

Le LCC8 Relay fut dévoi­lé à la fin de la confé­rence, avec pour chaque par­tie un com­men­taire de deux minutes par l’auteur‧e, mais il n’est pas encore en ligne ; pour patien­ter, voi­ci ce que j’ai com­pris et tra­duit en ubag­huns tëhe (deuxième maillon de la chaîne) :

  • Dahi-iben ebon­kos tën­kid­babes ieta­he­tandz, kin­kin-dahi­hi dan­ti­he­bi.
    Hogu tigëng­tides iin­giadho­kaz gekeb­di­kaz, hogu hide­kis gian­de­ku,
    gan­beb-hia­ho­kaz aghis tokon­do.
    Kobu-kikanb teki­tades heton, tan­di hide­kis dab­tige gegend­kaz,
    ohu-ibi­hius iben kiad­kos edte­genz gede­ki­kaz.
  • So chil­dren climb(ed) down with a tool to the place of banish­ment, my, it was still night !
    They exi­ted their croo­ked houses silent­ly, like cats,
    since their feet were in gar­ments.
    Snow had just fal­len on the vil­lage, it was like fresh white body paint,
    soon the foot­prints of the chil­dren will dis­turb this smooth fur.

En fait, il s’a­gis­sait des trois pre­mières lignes du roman de Ken Fol­lett Les Piliers de la Terre ; je n’a­vais pas fait de contre­sens majeur, sauf à com­prendre « pen­dai­son » comme « des­cendre en rap­pel vers un lieu de juge­ment » !

Et quant à com­ment ça a fini : la neige est deve­nue sable, une ombre mys­té­rieuse joue un rôle majeur, l’his­toire est deve­nue épique, tout ce qui est res­té en bout de chaîne est… la réfé­rence au chat.

Et aussi

Une réflexion phi­lo­so­phique sur « Qu’est-ce qu’une langue ? » par Jan Hav­liš, un com­men­taire du Cra­tyle au sujet de l’i­co­ni­ci­té des mots par Kevin Graaf, le retour d’ex­pé­rience d’A­li­son Long sur sa créa­tion d’une langue pour la mini­sé­rie de la BBC « The City and the City » : pour par­ler de tout ce que j’ai vu, rela­ter toutes les dis­cus­sions pas­sion­nantes que j’ai pu avoir dans les cou­lisses ou dans un pub, citer tous gens pré­sents, il me fau­drait bien plus qu’un billet de blog. Mais je ferme là mon rap­port et pense déjà à la future confé­rence, dans deux ans, dans un lieu pour l’ins­tant incon­nu.